Ce 1er juillet (2018) ne sera pas seulement la fête du Canada, mais il marquera aussi la légalisation de la marijuana (ou pot, cannabis, chanvre indien) au Canada. Alors que nous avons des patients occasionnels nous demander si fumer de la marijuana est acceptable après une chirurgie bariatrique ou une chirurgie de perte de poids, nous prévoyons que cette question deviendra beaucoup plus fréquente une fois qu’elle sera légale.

Voici nos pensées sur le sujet ….

Indépendamment de la manière dont la marijuana est prise (c’est-à-dire fumée, inhalée ou consommée), les effets sont les mêmes. La majorité des personnes qui consomment de la marijuana décrivent une sensation de relaxation et d’euphorie (le «high»). Cependant, certaines personnes réagissent mal à la drogue, ce qui peut entraîner un état de panique, d’anxiété et de peur, ou dans certains cas même des hallucinations si elles en prennent trop.

Le fait que la marijuana a un impact sur la partie du cerveau qui contrôle l’appétit est particulièrement important pour la chirurgie bariatrique et pour la perte de poids. Avez-vous entendu parler des «munchies»? Ouais, c’est vrai, les «munchies» sont tout à fait réels! La marijuana peut augmenter votre appétit, et vous oblige à manger plus, ce qui n’est évidemment pas génial si votre objectif est la perte de poids.

Une étude récente sur le poids et la consommation de marijuana a montré que l’utilisation de la marijuana peut très légèrement réduire le poids corporel (environ 0,5% de réduction de l’IMC) (1). Cette étude a cependant été menée sur un groupe de personnes avec un IMC moyen de 27 kg / m2, ce qui est bien en dessous de l’IMC moyen des patients en chirurgie bariatrique ou en chirurgie de perte de poids. Cela signifie malheureusement que cet effet de perte de poids léger ne peut pas être appliqué au patient typique de chirurgie bariatrique.

Nous avons toutefois trouvé une étude récente réalisée en 2016 qui est plus pertinente pour la population de chirurgie bariatrique (2). L’étude a été réalisée sur un groupe de 50 patients (62% étant des patients du dérivation gastrique ou le «bypass») à 2 ans après la chirurgie. Les résultats de l’étude ont montré que les patients qui avaient fumé de la marijuana au cours des 30 derniers jours et ceux qui avaient commencé à fumer plus souvent depuis la chirurgie étaient plus susceptibles d’avoir des habitudes alimentaires désordonnées, en particulier «perte de contrôle sur l’apports alimentaires». Bien que l’étude ne porte pas sur les résultats de poids liés à l’usage de la marijuana, nous savons que les habitudes alimentaires désordonnées telles que les grignotages et les episodes d’hyperphagie boulimiques sont des facteurs de risque de reprise de poids après une chirurgie bariatrique.

Nous avons demandé à un chirurgien bariatrique (située à Montréal) son opinion sur l’utilisation de la marijuana après la chirurgie. Voici ce qu’il a dit:

“Bien qu’il y ait actuellement un manque de recherche disponible sur les effets de la marijuana sur la population de chirurgie bariatrique, il y a quelques soucis à noter: L’utilisation régulière de marijuana pourrait augmenter le risque de complications post-opératoires incluant des saignements, des infections et des embolies pulmonaires. Deuxiement, le THC augmente les sentiments de faim, donc le degré de perte de poids après la chirurgie peut souffrir en raison de l’utilisation continue de la marijuana.” Dr Simon Chow, chirurgien bariatrique, MD MSc FRCSC FACS

En conclusion, nous ne comprenons pas encore complètement les effets de l’utilisation du marijuana après une chirurgie bariatrique sur la perte de poids et les résultats de maintien du poids à plus long terme. Le domaine de la recherche est encore très jeune (3). L’usage régulier de marijuana peut cependant poser des risques médicaux après la chirurgie, parlez donc à votre chirurgien si vous avez reçu de la marijuana pour des raisons médicales. De plus, si vous décidez d’utiliser régulièrement de la marijuana à des fins récréatives, il vaut la peine de discuter de cette habitude avec votre infirmière bariatrique et votre diététiste.

– Lisa et Monica

 

Nos références:

1. http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/hec.3267/full

2. http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1550728915002063

3. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/24913244